
À l’occasion de l’Année mondiale du pastoralisme portée par l’UNESCO, l’exposition de Natacha Sansoz qui sera présentée au Bel Ordinaire en septembre 2026 s’inscrit dans une réflexion sensible et située autour des liens entre création contemporaine, pratiques pastorales et territoires vivants. Développée depuis plusieurs années à travers des résidences itinérantes dans les Pyrénées, La Colporteuse constitue le cœur de cette proposition. Baptisée Bonté d’Ovine, cette figure mobile, accompagnée de son âne bâté, traverse paysages et communautés, recueillant récits, gestes et savoir-faire liés à la laine. À la fois personnage de fiction et outil de médiation, elle incarne un lien social actif, une représentante contemporaine de la filière lainière — tour à tour commerciale, passeuse, et présence attentive aux maux de société. À son contact, la laine se révèle dans ses dimensions sensibles et réparatrices, comme une matière riche (en potentialités) et bienfaitrice, prend la forme d’un écosystème vivant, composé de costumes, de capes, de cartographies monumentales en laine feutrée et de dispositifs narratifs. Ces œuvres, issues de collaborations avec des filatures, des manufactures et des acteur·rices du territoire, incarnent une matière à la fois ancestrale et contemporaine. La laine y devient langage, mémoire et surface d’expérimentation, mise en dialogue avec des technologies actuelles.
Pensée comme un espace d’activation, lieu de transmission et d’expérimentation,l’exposition est ponctuée de temps de création collective (feutrage à l’eau) et de partage de pratiques pastorales — transhumance, tonte, tri de toison — invitant les publics à faire l’expérience directe d’une matière vivante et d’un patrimoine en mutation. À travers la diversité des races locales, des savoir-faire et des générations mobilisées, La Colporteuse propose une lecture élargie de la filière laine. Elle révèle la richesse de ses enjeux économiques, culturels et écologiques, tout en ouvrant des perspectives nouvelles sur la place de l’art dans les territoires ruraux.
Dans le cadre de l’accompagnement mené avec CERC-centre de creacion musicau, Natacha Sansoz développe depuis plusieurs mois une collaboration étroite avec l’artiste Florent Colautti autour de la création d’une série d’objets connectés, à la croisée de la sculpture, du costume et du dispositif sonore.
Le premier de ces objets est une cape de berger, inspirée de la nabadi géorgienne. Pensée comme un habitat-refuge, elle évoque à la fois une architecture mobile et une carrosserie « tunnée », transformant le corps de la Colporteuse en espace de diffusion et de signalisation. Équipée de haut-parleurs de type ghetto blaster, la cape permet la diffusion de paysages sonores liés au projet, tandis que des panneaux à LED affichent en temps réel le cours de la laine. Des clignotants intégrés aux épaules fonctionnent comme des dispositifs directionnels pour les ânes bâtés qui accompagnent ses déplacements. Cette cape constitue ainsi un élément central de la tenue de travail de La Colporteuse, à la fois uniforme, outil et interface.
Un second objet, présenté dans l’exposition, prend la forme d’une cardeuse-balançoire double. Cet objet détourné, à la fois ludique et poétique, réagit à la manipulation : il génère des sons variables selon l’intensité et le rythme du geste. En activant le mouvement, les utilisateur·rices mettent en suspension la laine écharpillée, invitée à se déposer dans l’espace environnant, notamment sur les fils de clôture. Cette pièce fait écho à des pratiques aujourd’hui disparues, où femmes et enfants cardaient la laine dans les espaces publics, inscrivant le travail textile dans une dimension collective et quotidienne.
Un troisième objet est actuellement en cours de conception et sera développé lors d’une prochaine résidence au mois de mai. Il prendra la forme d’un tapis en feutre connecté, évoquant l’espace intime d’une cabane de berger. Ce dispositif immersif diffusera huit séries de capsules audio, constituant un environnement narratif et sensible, à la fois lieu d’écoute, de repos et de projection.
Parallèlement, une collaboration avec les musicien·nes du duo Trucs vient enrichir la dimension performative du projet. Deux pièces sonores originales ont été composées pour accompagner les parades de La Colporteuse. La première s’ancre dans l’imaginaire des transhumances et des manifestations lainières : elle accompagne l’invention d’un rituel costumé et musical, où déambulation, gestes pastoraux et présence collective se conjuguent dans une forme hybride entre procession et performance. La seconde pièce prend la forme d’un jingle, pensé comme un signal d’annonce : elle marque l’arrivée de la Colporteuse dans les villages, les estives et les foires, activant une présence sonore identifiable, à la fois festive et énigmatique.
À travers ces objets et ces collaborations, la Colporteuse se déploie comme un écosystème technologique et sensible, où la laine devient support d’interaction, de narration et de circulation des savoirs. L’accompagnement de CERC permet ainsi d’inscrire le projet dans une recherche élargie, mêlant pratiques artisanales, innovation sonore et imaginaires contemporains.
La Colporteuse bénéficie du soutien de la DRAC Nouvelle-Aquitaine et de la Région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du dispositif « Cultures connectées » et de l'AAP Coopération Création et Territoire (ASTRE) ainsi que du Bel Ordinaire.